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Voici l'histoire de La Leï...
La Leï, et son sien cousin Ze Kho, étaient de la parentèle d'un aïeul de notre voisine Leïla, qui m'a confié cette histoire.
Les deux cousins étaient accoutumés de passer l'été, non loin de Tidsid Canyon, dans la maison de terre de leur amie Vô Khi.
En ce temps-là, les maisons d'été n'étaient point si cossues qu'elles le sont de nos jours devenues.
Leurs murs se confondaient avec la terre du désert, qu'on avait tassé pour les bâtir, et la pluie et le vent faisaient, ou défaisaient, le reste.
Tous trois se connaissaient depuis l'enfance, et se retrouvaient chaque été avec joie.
Tout leur était prétexte à dépenser leur infatigable jeunesse en d'interminables jeux et rires, facéties et exubérances,
ou même en taquinant les chiens errants.
Les trois jeunes gens étaient également enjoués, Vô Khi passait pour la plus espiègle,
Ze Kho pour le plus prompt en amitié,
et La Leï pour être de première force à toutes sortes de jeux, chatouilles, fléchettes et surtout Pierre-Feuille-Ciseaux, où elle excellait depuis l'enfance.
Un matin, survint un étranger. Nul ne le connaissait, nul, et sans doute pas lui même, ne savait ce qu'il cherchait en ce lieu, et moins encore ce qu'il y trouverait.
Vô Khi, suivant en cela les lois de l'hospitalité, qu'on eût à l'époque tenu à grand déshonneur de ne point respecter, se devait de proposer à Ylon, car tel était son nom, de demeurer
parmi eux aussi longtemps qu'il lui agréerait.
Fut-ce son regard clair ou ses cheveux blonds, sa vêture austère ou l'attrait de la nouveauté ?
Un instant suffit pour qu'Ylon occupât toutes les pensées de La Leï.
Mais Ylon ne partageait pas leurs jeux. Bien le rebours, il exhortait les trois amis à s'astreindre à des travaux moins futiles.
Et, au fil des jours, il prit de l'assurance assez pour les fustiger lorsqu'il les voyait s'adonner à leurs joutes coutumières.
Ylon était trop imbu de la seule vérité qu'il connaissait pour concevoir qu'il pût en exister d'autres.
Aussi vives que fussent ses remontrances, il les adressait aux jeunes gens dans le sincère espoir que, doutant du bien-fondé de leur mode de vie, ils n'en vinssent à l'infléchir...
C'était là méconnaître la force de l'insouciance, aussi immuable que la course des astres, qui habitait ce peuple. Car Ze Kho, souhaitant ardemment que son exemple finît par dérider son
nouvel ami, redoublait d'enfantillages.
Vô Khi, elle, plus espiègle que jamais, persistait à se divertir d'un rien.
La Leï fût-elle elle aussi demeurée en sa nature joueuse que, sans doute aucun, Ylon jamais n'eût levé les yeux sur elle. Mais elle prit le contre-pied de ses inclinations, occupa une
part importante de ses journées en travaux de toutes sortes,
ou à l'étude d'ouvrages auxquels elle s'étonnait elle-même de trouver un intérêt, et ce faisant elle vint retenir son attention et bientôt son affection.
Sa grâce et sa finesse, qui n'étaient pas petites, surent lui gagner le reste !
On raconte que leur premier émoi fut partagé au cours d'un repas,
où les délices les plus suaves étaient de celles qui nourrissent l'âme et non le corps.
Mais j'ai ouï dire aussi d'une réception, où Ylon suspendant pour un soir ses sévères principes accepta de servir de cavalier à La Leï. Je me plais à imaginer leur départ, revêtus de
leurs plus beaux atours, sous une lumière irréelle baignant la gravité de leurs visages.
Certains soutiennent que Vô Khi et Ze Kho auraient comploté de rapprocher ainsi leurs amis !
Quoi qu'il en fût, peu après, La Leï lut dans le regard d'Ylon l'aveuglant reflet de son propre élan,
Ylon entendit sur les lèvres de La Leï l'écho du doux aveu qu'ils prononcèrent en même temps.
Cette histoire nous montre que, pour atteindre de plus hautes félicités, il faut parfois, comme le fit La Leï, savoir forcer sa nature !
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